Dans le Café de la jeunesse perdue, j'ai retrouvé Modiano

Publié le par Fab


 A
vec Patrick Modiano, on n’est jamais déçu. On sait à quoi s’attendre. Certains trouveront d’ailleurs que c’est toujours un peu la même histoire qu’il nous ressasse au fil de ses romans. Si l'on veut. Et alors ?
Modiano-jeunesse-perdue.jpgC’est justement ça que j’aime chez lui. Cet étrange rapport au passé et cette question existentielle qui sous-tend chacun de ses romans : qui suis-je ? 
Modiano évoque des personnages en quête d’identité à la recherche d’un passé oublié. On ne sait que très peu de choses sur leur vie, on ignore parfois leur véritable nom.
Qui est cette Louki, « étudiante en langues orientales » ? Qu’est-elle venue chercher au café Condé ? 
Ce que j’aime chez Modiano, c’est ce rapport au temps et ce flou dès qu’il s’agit des souvenirs, des êtres que l’on a croisé, des lieux que l’on a fréquenté.
Le temps et l’espace : la marque de Modiano
 Mélange du passé et du présent, mélange de souvenirs épars, de détails anodins, d’adresses, de numéros de téléphone où ne répond qu’un éternel abonné absent. Les romans de Modiano accumulent les annuaires téléphoniques, carnet de notes et autres cahiers. Dans Dans le Café de la jeunesse perdue, l’un des clients note ainsi scrupuleusement le nom, l’adresse, l’horaire auquel les clients entrent au café Condé, la place qu’ils y occupent.
J’aime cette façon qu’a Modiano d’évoquer cette fuite du temps et de peindre ces vies qui oscillent entre présent et passé.
"(…) je n’avais pas du tout l’impression que depuis l’époque de Guy de Vere le temps avait passé. Au contraire, il s’était figé dans une sorte d’éternité."
Voir aussi cet autre passage sur le passé et la nouvelle vie que l'on peut s'inventer :

"Ils ignorent votre passé. (...) vous pouvez tout inventer."

Et puis il y a chez Modiano ce souci du détail avec l’évocation minutieuse des lieux, des noms de rues, d’hôtels, de cafés, de stations de métro, des endroits dont parfois on ne sait plus très bien s’ils ont vraiment existé. Dans le café de la jeunesse perdue se déroule à Paris. 

Boulevard de Grenelle, boulevard de Clichy, les Champs-Elysées, place Blanche, quartier de l’Etoile, rue d’Argentine, boulevard Saint-Germain, rue du Grand-Prieuré, square Lowendal… 
L’Ecole des Mines, le Moulin Rouge, le lycée Jules-Ferry, le café Condé, le Canter, la librairie Véga... 
Autant de lieux qui, comme la madeleine de Proust, rappellent des souvenirs plus ou moins précis aux personnages.
Paris et ses zones neutres

 I
l y a aussi ces « zones neutres », lieux ordinaires où l’on peut se cacher, rester anonyme.
"Il existait à Paris des zones intermédiaires, des no man’s land où l’on était à la lisière de tout, en transit, ou même en suspens. On y jouissait d’une certaine immunité."

"Les zones neutres ont au moins cet avantage : elles ne sont qu'un point de départ et on les quitte, un jour ou l'autre."
"Il faudrait que je retrouve la liste de ces rues qui ne sont pas seulement des zones neutres mais des trous noirs dans Paris. Ou plutôt des éclats de cette matière sombre dont il est question en astronomie, une matière qui rend tout invisible (…). Oui, à la longue, nous risquions d’être aspirés par la matière sombre."
Voilà, c’est tout cela que j’aime chez Modiano. C’est cet univers, cette ambiance si particulière que j’espérais retrouver quand j’ai ouvert Dans le Café de la jeunesse perdue. Je les ai retrouvés. 

Note : 5 / 5
Patrick Modiano, Dans le Café de la jeunesse perdue, Gallimard, 2007.


Autre livre commenté du même auteur : La Petite Bijou.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Fab 14/02/2008 14:12

Je viens de lire le numéro de décembre-janvier du magazine Lire qui a élu les 20 meilleurs livres de l'année 2007. Dans la catégorie roman français, Lire a choisi "Dans le café de la jeunesse perdue". Et de déclarer : "C'est une évidence : à 62 ans, Patrick Modiano est bien le plus grand écrivain français contemporain et son nouveau roman en assène la preuve éclatante."

Fab 13/02/2008 14:06

oui, je suis d'accord avec toi, le titre est très caricatural, c'est du Modiano on ne peut pas se tromper. En même temps, il rend parfaitement compte du contenu du roman. Un peu long aussi comme titre. Mais enfin si ce n'est que ça...

Sinon, je ne connais pas Accident nocturne, il vient donc s'ajouter à ma liste de Modiano que je n'ai pas encore lu !

Loïc 12/02/2008 20:05

Le père-noel m'a offert ce livre que je garde sous le coude car je viens de terminer un autre (accident nocturne).
Dis-moi, tout a l'air bien dans ce livre..vraiment tout (et les zones neutres, j'adore !)..sauf un truc, le titre, que je trouve caricatural et pas très agréable à entendre. Qu'en penses-tu ?